Chaque mois de septembre, les cabinets d’avocats en droit de la famille voient revenir le même phénomène : des couples qui ont tenu jusqu’à la fin de l’été, souvent « pour les enfants » ou pour ne pas gâcher les vacances, et qui décident de tourner la page au moment de la reprise. La rentrée 2026 ne fait pas exception. Et parmi ceux qui franchissent le pas, une large majorité opte pour la même voie : le divorce par consentement mutuel, sans passage devant le juge. Pourquoi ce choix s’est-il imposé, et à quelles conditions est-il vraiment adapté ?
🕒 L’article en bref
Le divorce amiable est devenu la voie la plus empruntée par les couples qui se séparent, en particulier à la rentrée.
- ✅ Pas de juge : depuis 2017, la convention est signée par les époux et leurs avocats, puis déposée chez un notaire.
- ✅ Des délais courts : quelques semaines à quelques mois, contre souvent plus d’un an en procédure judiciaire.
- ✅ Un calendrier maîtrisé : résidence des enfants, pension et logement se règlent avant d’être imposés.
- ✅ Deux limites : un accord réel sur tous les points et aucun enfant mineur demandant à être entendu par le juge.
📌 L’amiable n’est pas synonyme de simplifié : chaque époux garde son propre avocat et un délai de réflexion incompressible.
La rentrée, un moment où beaucoup de couples tranchent
La période qui suit l’été concentre plusieurs déclencheurs. Les vacances, censées rapprocher, mettent parfois en lumière une distance devenue impossible à ignorer. Le retour à la routine oblige ensuite à se projeter sur une année entière : inscriptions scolaires, activités des enfants, organisation du logement, budget. Beaucoup de parents préfèrent aussi avoir attendu la fin de l’année scolaire précédente pour ne pas perturber les examens ou un changement d’établissement.
À ce stade, la plupart des couples qui se séparent ne cherchent pas le conflit. Ils veulent régler la situation rapidement, proprement, et surtout garder la main sur les décisions qui concernent leur famille. C’est précisément ce que permet le divorce par consentement mutuel.
Ce qui a changé depuis la réforme de 2017
Depuis le 1er janvier 2017, les époux d’accord sur la rupture et sur toutes ses conséquences n’ont plus à se présenter devant le juge aux affaires familiales. La procédure repose sur une convention rédigée par les avocats, signée par les deux époux et leurs conseils, puis déposée au rang des minutes d’un notaire. Ce dépôt donne à l’accord sa date certaine et sa force exécutoire : le mariage est alors dissous.
Un avocat pour chacun, et non un seul pour deux
C’est le point qui surprend le plus. Il n’est plus possible de partager un avocat commun : chaque époux doit être assisté du sien, chargé de vérifier que la convention protège ses intérêts. Ceux qui espèrent s’en passer entièrement se heurtent à la loi, comme nous l’expliquons dans notre article sur la question de divorcer sans avocat.
Un délai de réflexion de quinze jours
Une fois le projet de convention finalisé, chaque avocat l’adresse à son client par lettre recommandée. Les époux disposent alors d’un délai de réflexion de quinze jours avant de pouvoir signer. Toute signature anticipée rend la convention nulle. Ce temps de pause, souvent perçu comme une contrainte, évite en pratique bien des regrets.

Pourquoi tant de couples font ce choix
La rapidité
Lorsque les époux s’entendent déjà sur l’essentiel, la procédure peut aboutir en quelques semaines à quelques mois. Le calendrier dépend surtout du temps nécessaire pour trouver un accord sur les points sensibles et, le cas échéant, pour faire établir l’acte de partage des biens. À titre de comparaison, un divorce contentieux s’étire fréquemment sur plus d’une année.
La maîtrise des décisions
Plutôt que de laisser un juge trancher, les époux construisent eux-mêmes les règles de l’après : résidence alternée ou habituelle des enfants, montant de la pension alimentaire, sort du logement familial, éventuelle prestation compensatoire. Pour des parents qui vont continuer à se croiser pendant des années, cette solution négociée pèse lourd.
Un coût plus lisible
Les honoraires d’avocat restent libres, mais de nombreux cabinets proposent un forfait pour cette procédure. S’y ajoutent l’émolument du notaire pour le dépôt de la convention, fixé à 42 € HT, et, en présence d’un bien immobilier, les frais de l’acte liquidatif et le droit de partage de 1,1 %. Les couples aux revenus modestes peuvent solliciter l’aide juridictionnelle. Au total, l’addition est généralement moins élevée qu’une procédure contentieuse, où chaque audience et chaque échange de conclusions se paie.
Moins d’exposition pour les enfants
Pas d’audience, pas d’échange d’attestations ni de reproches consignés par écrit : les enfants sont tenus à l’écart du conflit. À la rentrée, cela permet aussi de fixer rapidement un rythme de garde compatible avec l’emploi du temps scolaire, au lieu de vivre plusieurs mois dans une organisation provisoire.
Les situations où l’amiable ne suffit pas
Avant de divorcer par consentement mutuel, il faut vérifier que la procédure correspond réellement à la situation du couple. Deux cas l’excluent. Le premier : un enfant mineur, informé de son droit d’être entendu, demande à l’être par le juge. Le divorce bascule alors vers une homologation judiciaire. Le second : l’un des époux est placé sous un régime de protection, comme la tutelle ou la curatelle.
Surtout, l’accord doit être sincère et complet. Un consentement obtenu sous pression, ou une convention qui passe sous silence un bien, une dette ou la question de la prestation compensatoire, prépare des contentieux ultérieurs. Le rôle de chaque avocat est justement de s’assurer que personne ne signe par lassitude ou par culpabilité.
Bien préparer son divorce amiable dès septembre
Quelques réflexes permettent de gagner du temps. Rassembler tôt les pièces utiles : livret de famille, contrat de mariage éventuel, titres de propriété, relevés de comptes, avis d’imposition, tableaux d’amortissement des crédits. Lister ensuite, chacun de son côté, les points d’accord et ceux qui restent à discuter. Enfin, anticiper la fiscalité : l’année du divorce, chaque ex-époux déclare seul ses revenus de l’année entière, ce qui modifie souvent le montant de l’impôt et des prestations.
Pour les parents, la priorité est souvent le calendrier scolaire. Mieux vaut fixer sans attendre la résidence des enfants et la répartition des vacances de la Toussaint et de Noël, quitte à formaliser une organisation provisoire le temps de signer la convention.
Pour prolonger, nouvelle loi succession conjoint survivant aborde un angle complémentaire.
Questions fréquentes
Combien de temps dure un divorce par consentement mutuel ?
Il faut compter au minimum le délai de réflexion de quinze jours après l’envoi du projet de convention. En pratique, la procédure prend de quelques semaines à quelques mois, selon la rapidité à trouver un accord et la présence de biens immobiliers à partager.
Peut-on prendre un seul avocat pour deux ?
Non. Depuis la réforme de 2017, chaque époux doit être assisté de son propre avocat, qui contresigne la convention avec lui.
Faut-il passer devant le juge si l’on a des enfants ?
Pas nécessairement. La présence d’enfants n’empêche pas le divorce sans juge. Le passage devant le juge ne devient obligatoire que si un enfant mineur demande à être entendu.
À partir de quand le divorce est-il effectif ?
Le mariage est dissous à la date à laquelle la convention est déposée au rang des minutes du notaire, qui lui confère force exécutoire.





